Photo d'un gazon dans un jardin privé

Petite réflexion sur le gazon

Photo d'un gazon dans un jardin privé

Parlons aujourd’hui du gazon. Cet article est le deuxième d’une série de trois, le premier concernant le jardin de minéral.

Le beau gazon court et bien vert est souvent perçu comme une marque de bonne hygiène d’ordre et de propreté. Alors qu’à l’inverse, le gazon laissé plus long, ou les prairies sont vues comme un endroit sale et dangereux (mon Dieu il y a des bêtes!), comme l’explique bien l’article de France Culture sur « l’Histoire du gazon, symptômes de nos contradictions face à la nature ».

Nous voyons dans la plupart des jardins, et avons en tant que paysagistes, souvent cette demande de belle étendue verte, tout en ne voulant aucun entretien. Dans ma région, qu’est la côte méditerranéenne, ce genre d’aménagement pousse à réflexion par ses besoins en eau, et son impact sur l’environnement.

Tout comme pour le gravier, cet article n’a pas vocation à bannir telle ou telle activité, mais simplement à proposer des réflexions et éventuellement, des solutions alternatives.

Mais d’abord ? Qu’est ce que le gazon ? La pelouse ? La Prairie ?

Exemple de mélange de graine de « gazon », Paquerette, Lamier, Véronique…

1 / Quelques définitions autour du gazon :

La définition du terme « pelouse » en botanique correspond à une implantation ou une formation végétale d’une hauteur ne dépassant pas 30 cm, non soumise à la fauche.

Le gazon est considéré comme pelouse artificielle car il est rigoureusement sélectionné et planté par l’humain, tondu pour rester au ras du sol, et arrosé abondamment pour rester vivant.

La prairie quant à elle pousse sur un terrain en herbe qui n’a été ni labouré ni ensemencé, et est composée d’une formation végétale basse, généralement destinée au pâturage.

Et pour en savoir plus sur le gazon : cliquez ici.

2 / Les limites du gazon

Alors, quelles sont les limites du gazons ? Nous en savons tous les avantages qui sont entre autre le plaisir de poser les pieds dans l’herbe, s’allonger dans un parc, faire du sport, la fraîcheur de l’herbe etc.

  • L’eau

Dans les régions sèches (je parlerai ici principalement de la Méditerranée), le problème le plus évoqué est la consommation d’eau directe : l’arrosage permettant le bon développement de ces graminées (en moyenne 4L d’eau par m² et par jour).

On peut également parler de la consommation d’eau indirecte, celle utilisée en amont pour la production du gazon (arrosage des gazonnières, pour plaque ou semis). Les gazonnières de gazon en plaque sont souvent proches (car le coût de transport et la fraîcheur des plaques sont importants), mais on ne se pose pas souvent la question de où viennent les graines ? « Principalement du Danemark mais aussi aux Pays Bas, en France, aux États-Unis, en Nouvelle Zélande… » me répond la société Touchat (une des grandes enseignes de vente spécialisée près de Montpellier). Ainsi la question du transport de viens un impact indirect très important.

Et évidemment, en parlant d’arrosage, il faut parler de pièces et réseaux d’arrosage également ! Emprunte carbone des pièces ? Toutes réalisées dans divers plastiques ? Jamais recyclées ! La mise en œuvre des réseaux enterrés avec mini pelle (transport, carburant, retournement et compactage du sol…) ? Le coût d’un arrosage automatique…

  • L’entretien

Se pose également comme limite, l’entretien. La plupart des clients demandent des jardins sans entretien, car ils n’ont pas la volonté, les capacités, le temps de s’occuper de leur jardin. Mais demandent néanmoins du gazon, ce qui est un non sens en soit, car il va falloir, a minima, tondre régulièrement. Sans parler de scarification, d’amendement, de semis pour re-densifier, etc.

A cet arrosage et l’entretien il faut également ajouter les traitements régulièrement fait : engrais, désherbant sélectif, désherbant chimique sur les abords, traitement des maladies (champignons, ravageurs etc).

De plus, tous ces passages d’entretien, fait par le propriétaire du gazon ou par un prestataire, à un coût environnemental direct fort : déplacement des prestataires, carburant des machines / batteries, produits phytosanitaires, achat de pièces, entretien des machines…

Les coûts environnementaux indirects sont tout aussi nombreux : culture monospécifique, pas de fleurs / fruits pour la faune / antomofaune, évacuation / gestion des « déchets » (si on considère les résidus de taille ainsi), épandage des produits dans les réseaux d’eau souterrains, écotoxicité du sol, consommation d’énergies fossiles, production de produits phytosanitaires, aucune possibilité pour la « biodiversité » de se développer, pas de Pâquerette ! Pas de Coquelicot !!

Tout cet entretien, en plus revient cher économiquement parlant, et est terriblement chronophage. Le temps passé à traiter son gazon pourrait être par exemple passé à entretenir un petit bout de potager .. ?

Il à aussi comme aspect positif de faire fonctionner plusieurs entreprises (paysagistes, jardiniers, mécanicien, Total …).

3 / Les solutions alternatives

Alors quelles solutions ? Quelles perspectives pouvons nous ouvrir ?

  • Le gazon synthétique

On parle souvent de gazon synthétique (oui, on va commencer par ça, ce sera fait au moins). Écologiquement, qu’en est il ?

Le gazon synthétique à ce terrible avantage de ne pas consommer d’eau une fois posé (quoi que, il y en a qui l’arrose pour qu’il soit moins chaud, et pour laver les besoins de nos amis à 4 pattes – ou 2 si vous avez des poules ou autres bêtes à plumes-), et n’a pas à être tondu. Il s’impose donc souvent comme « écologique » pour une grande quantité de pros. Il est drainant ( en moyenne 70 litres par m2 et par minute), et ignifugé.

Il est en général composé de plastiques et dérivés de pétrole (polypropylène et de polyéthylène principalement, parfois de latex), sur lequel sont rajoutés additifs, inhibiteurs d’UV, billes plastiques (éventuellement cancérigènes)… C’est plastiques peuvent être issus de recyclage (bien que les odeurs dégagées par le gazon chauffé au soleil puissent être plus forte selon la qualité du gazon choisi).

  • et ses inconvénients

Pour les limites de ce revêtement, évidemment, en premier lieu : il n’est pas vivant, et n’offre aucune diversité biologique (fleurs, fruits, insectes…). Il est posé sur bâche hors sol et sable.

Si le terrain est humide, ou mal drainé, il peut développer bactéries et champignons.

Par déduction il serait donc à poser uniquement dans des conditions très particulières, là ou les végétaux ne pourraient se développer convenablement : piétinement très intense sous une balançoire, passage répété du chien lors de son tour de ronde etc. Mais à ce moment là on peut également se demander si des enfants ou des chiens sont déjà morts d’avoir marché sur la terre ? Ou dans la boue ? C’est souvent uniquement l’esthétique qui est mis en avant dans ces moments là, et le ménage / nettoyage.

Oui, bon, un jardin c’est vivant, c’est salissant, c’est beau, c’est varié, peut être est-ce à nous paysagistes de recentrer un peu des débats qui dépassent le paysage, et qui sont issues de dizaines d’années à vouloir tout contrôler dans sa vie.

Si on est tous heureux de voir un sentier quand on balade en montagne ou en garrigue, pourquoi se plaindre de celui dans le jardin ?

A part le gazon synthétique et le gazon, que peut on proposer dans un jardin me direz vous alors ?

Je dirais que qu’il n’y a pas de bonne ou de mauvaise (situation ?) idée, simplement de mauvaises utilisations. Et que pour chaque endroit on peut trouver des solutions.

Gazon synthétique
  • Alternatives végétales couvre sol

La première idée, et la plus simple lorsque l’on a un gazon déjà en place : changez légèrement vos habitudes. Remontez un peu votre plateau de coupe, commencez par un peu espacer les tontes, laissez des zones non tondues lorsque l’espace le permet, supprimez les produits phytosanitaires et réduisez l’arrosage. Vous pourrez à ce moment la voir la différence, qui arrivera assez rapidement ! Pâquerette, Véronique de Perse, Lamier pourpre … De la couleur !

La nature ayant horreur du vide, elle saura vous proposer tout un panel de végétaux à chaque utilisation : tonte ou non, soleil ou ombre, sol sec ou frais, calcaire ou acide, il y a le choix !

(voir l’article : Une petite réflexion sur les alternatives au gazon).

  • Quelques végétaux ne nécessitant pas de tonte :

Dichondra repens, Dymondia margaretea, Frankenai laevis, Thymus (ciliatus, hirsutus, serpyllum), Soleirola soleirolii, Mazus reptans …

mazus reptans, photo
alternative au gazon, pas de tonte, peu d’arrosage (ici Mazus reptans)
  • Végétaux nécessitant peu de tonte :

Zoysia tenuifolia, Phyla nodiflora, Chamaemelum noblie, Carex halleriana, Trifolium fragiferum, Bermuda grass…

Vous pouvez allez voir sur le site de la pépinière Filipi, à Mèze, vous trouverez tout un panel de végétaux pour vous inspirer, avec le détail de chaque végétal. Ce n’est bien sûr pas la seule pépinière à proposer des végétaux adaptés, mais je ne les connais pas toutes (pardon, faites moi signe!). La pépinière Le Tauran à Mauguio prodigue également de très bons conseils, avec une belle qualité de plante.

De nombreuses variétés de Sedums peuvent être très utiles pour les zones non piétinées / peu piétinées (toiture, bord de massifs, bordure de chemin, entre des pas Japonais, entre des pierres de terrasse…).

De tous ces végétaux, vous pouvez (et c’est même mieux) faire des mix ! Des tâches de couleurs, de textures, de hauteurs, que vous viendrais entretenir de façon différenciée et appropriée en fonction des espèces et de la saison (moins de travail d’un coup!).

Ça aussi ça fait travailler les paysagistes et jardinier … 🙂 Avec tout cela va également du désherbage, surtout au début, le temps que tout cela s’implante.

Plantation de godet de Zoysia

  • Alternatives végétales prairies

La quantité de « prairies fleuries » existantes offrent également une variété de hauteur / floraison / couleur (la société Phytosem pour ne citer qu’eux -pareil, pardon à ceux que je ne connais pas, manifestez vous ! C’est avec plaisir !-), proposent des prairies pérennes, qui se re-sèmeront sans votre aide! D’autres prairies peuvent être mise en place (prairie verte notamment), ou alors simplement laissé la végétation spontanée pousser : adaptée au milieu elle ne demandera pas d’eau. Elle sera certainement jaune l’été, masi redeviendra verte dès les premières pluies.

Pour conclure, bien que l’on puisse parfois proposer du gravier, parfois du gazon, parfois du gazon synthétique, sur des petites surfaces, il faut garder à l’esprit que la plupart du temps il n’y a pas grand-chose à faire pour qu’il y ait un/des couvre(s) sol qui vienne(nt) naturellement occuper le terrain (ce sera d’ailleurs le plus économe en eau que vous pourriez avoir).

On propose à la vente en couvre sol du Cynodon : c’est simplement (de la même famille que) du chiendent. Arrosez le un peu, faites quelques passages de tonte par an, et vous aurez une belle pelouse verte (sauf en été), et déjà bien moins d’entretien, de produits, de temps, de carburant à mettre en œuvre. Ça laissera un peu de temps pour penser aux autres alternatives, encore meilleures (vive le vivant!).

4 / Ouverture aux professionnels

En tant que pro, on peut également prendre le temps de comprendre les attentes du client, prendre le temps d’observer le sol, le vivant existant, et de prendre également le temps de rechercher quelle plante sera la plus adaptée au milieu pour remplacer le gazon. C’est pour moi le cœur du métier de paysagiste, auquel je suis tant attachée : le choix des végétaux. La gestion du Paysage c’est la gestion du Vivant, pas de l’inerte. C’est la gestion d’espace pérenne, qui vont s’améliorer chaque année, pas se dégrader.

Deux petites phrases pleines de bon sens de François Jarrige sur le sujet : « la pelouse est le symbole du projet prométhéen de domestication de la nature », « Il fait peu de doute qu’une société écologique qui emprunterait la voie agriculturelle devrait se passer de ces pelouses artificielles et industrielles, issues de la démesure passée, pour retrouver le plaisir du pissenlit qui se mange (sans parler de ses vertus médicinales), du trèfle – une légumineuse qui fixe l’azote de l’air et remplace donc l’apport en engrais – et autres orties, chardons, plantains et pâquerettes… ».

Et si au lieu de tout domestiquer, on apprenait à vivre ensemble ? Si on apprenait à connaître vraiment les végétaux ? Si on laissait le temps au Vivant de nous apprendre tout ce qu’il sait depuis des millions d’années ? Ce serait plus simple et plus efficace non ? 

lieu naturel
Aménagement naturel en bord de cours d’eau

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