Petite réflexion sur les feuilles mortes

Aujourd’hui, c’est l’automne cette belle saison des pelles et des râteaux (et du chant des municipaux?).

Mais avant d’être la saison du souffleur, l’automne est le début de la période de repos des végétaux : ils font leur dernières réserves de lumières pour l’hiver, et se protègent du froid à venir.

Une fois tombées au sol, ce tapis de feuilles, considéré souvent comme disgracieux et sale (une forêt est elle sale …?), est en fait un réel trésor pour les végétaux.

On ne le répètera jamais assez, la nature est bien faite !

Mais alors, pourquoi les arbres à feuillage caduque perdent ils leur feuilles ?

Dans un premier temps, cela leur permet de limiter les dégâts dus au gel hivernal : pas de feuille, très peu de sève dans les rameaux : très peu de risques de dégâts!

Toujours dans la même logique de protection, ce tapis de feuille va faire tampon thermique entre l’air et le sol. L’air (très) froid va geler les premiers centimètres de feuilles mortes, mais le sol (et donc les racines) sera protéger de ce gel.

N’est ce pas ce que l’on essaie de faire avec des paillages ..? Oui, la nature est bien faite, on ne peut que suivre ses habitudes.

En plus de cette activité de protection pour l’arbre en lui même, cela va également protéger toute la microfaune, les champignons (parmi lesquels se trouvent les mycorhizes) et autres être vivants situés près de l’arbre. Cela va constituer un abri, mais aussi un fabuleux garde manger pour cet écosystème vital à l’arbre. Cet ensemble d’êtres vivants nourris par ces feuilles, nourrira à son tour l’arbre.

Les feuilles ont stocké, durant toute l’année, de nombreux éléments chimiques nécessaires à l’arbre, qui se libèreront dans le sol, et lui serviront. C’est pour cela (entre autre) que l’on déconseille de tailler les végétaux à feuillage caduque juste avant la chute des feuilles, quand elles sont encore vertes : ils font leur dernières réserves par la photosynthèse, avant de transformer ces feuilles vertes en future matière organique. Ce dernier bout de vie des feuilles est extrêmement important!

Toute l’activité biologique au pied de l’arbre va avoir un effet très bénéfique pour ce dernier. Vous connaissez les lombrics ? Fabuleux auxiliaires du jardin, qui travaillent le sol, l’aèrent et « créent » de la matière organique assimilable par les plantes? Et bien ils ne sont pas tout seul : collemboles, cloportes, acariens, champignons, bactéries… Toute cette pédofaune va décomposer cette litière de feuilles et fabriquer cet or brun royal : l’humus.

L’humus a des qualités équivalentes (enfin c’est un peu plus complexe que ça, mais pour faire simple) à celle du compost, de l’amendement, et autres intrants mis au jardin. Il en a, aussi, bien plus, puisqu’il est créé par la vie du sol, et par les arbres eux mêmes, dans un cycle naturellement vertueux.

Les éléments que nous rapportons (compost, amendements et autres paillages) pour essayer de reproduire ce cercle seront toujours moins bénéfiques, puisque s’il n’y a pas de faune pour les dégrader … Le cercle ne tournera pas rond ! Et certains éléments peuvent : soit ne pas être assimilables, soit pas bons pour les végétaux et/ou l’écosystème du sol (trop acide, trop riche, trop difficile à dégrader…).

Pour simplifier les choses : cette matière organique qu’est l’humus va être minéralisée, plus ou moins vite, dans le sol par toute la pédofaune : insectes, bactéries, champignons, micro et macrofaune, et par d’autres animaux. De l’argile présente dans le sol, va être liée à cet humus pour former le Complexe Argilo Humique (qui est un complexe absorbant, avec toute une histoire chimique absolument passionnante, à laquelle je vous conseille de vous intéresser !).

L’ensemble de ce complexe et de la minéralisation va permettre de passer de matière organique (non assimilable directement par les plantes), à des sels minéraux assimilables (et vitaux) aux végétaux.

Toute cette matière transformée, tous ces sels minéraux vont permettre aux arbres de compléter l’énergie qu’il leur faudra au printemps pour créer de nouvelles feuilles, fleurs et fruits.

Cela permettra également une meilleure absorption de l’eau, une meilleure rétention également, donc des végétaux en meilleure santé, sans besoin d’arroser… (a condition bien sûr qu’ils soient adaptés à la région!).

Si vous me suivez un peu sur les réseaux, je suppose que vous commencez à voir où je veux en venir …

Les jardins aseptisés ont un cycle complètement cassé. Tailles répétées et aux mauvaises périodes (voir l’article sur la taille), cercle vertueux de la matière organique coupé, remplacé par des intrants « boost », cycle de l’eau coupé, remplacé par un arrosage automatique pour que les plantes survivent, cycle fleurs-fruits supprimé (et tout le cortège hormonal dévarié avec)…

Un écosystème ne peut être aseptisé, tout comme notre corps (20 milliards de bactéries dans la bouche, sans lesquelles on ne pourrait pas digéré, ça fait réfléchir non?)

On a l’exemple dans chaque espace naturel, ou même dans les petits espaces ou « la nature à repris ses droits ». Il y a de la vie, dans ces espaces : feuilles mortes au sol, humus, vers de terre, petite faune, insectes, oiseaux, papillons, abeilles…

Et dans ces espaces là, quasiment tous les végétaux sont en bonne santé globale : bien sûr il y a aussi des végétaux moribonds, des arbres tombés au sol (qui sont plein de vies d’ailleurs), des petites attaques de maladies (comme des rhumes chez nous, qui forcent nos défenses immunitaire à s’améliorer!) c’est simplement le cycle de la vie, régulé naturellement. Tout est utile : rien ne se perd, tout se transforme !

Pour rappel, 40 % d’espèces d’insectes sont en déclin, qu’un tiers d’entre elles sont menacées d’extinction… En 30 ans nous avons perdu 25 % de la biomasse d’insectes terrestre. Dans ces chiffres on retrouve que les abeilles accusent des pertes de 25 à 30 % chaque année : elles sont pourtant essentielles dans la reproduction des végétaux (et notamment des fruitier et légumes!).

La chute du nombre d’insectes entraîne aussi une forte diminution de leur prédateurs principaux : les oiseaux ! Ils ont diminué de presque 20 % depuis les années 80 ! Leur nombre et le nombre d’espèces différentes sont en constante diminution ! Nous sommes au sommet de cette chaine, sans ces maillons, nous ne pourrons ni nous nourrir, ni vivre..! (voir le site de l’Office Français de la Biodiversité)

Alors avant de retirer toutes les feuilles de vos massifs : pourquoi ne pas essayer de les laisser ? Très volumineux à l’automne, l’épaisseur va rapidement diminuer, il est même possible qu’au printemps vous ne voyez plus rien de ce tapis ! Hormis un sol peut être un peu moins clair, un peu moins imperméable, et des végétaux en meilleure santé… Avec en prime, bien moins de désherbage !

Cette épaisseur de feuilles au sol, soyez rassurés, ne peut tuer votre haie, ou vos vivaces, bien au contraire, cela lui fera le plus grand bien ! Cela peut perturber vos couvre sol, selon l’espèce, mais ils repartiront au printemps, dès qu’un peu de lumière percera le tapis.

Enlever les feuilles pour ajouter du paillage et de l’amendement est tout simplement une hérésie, qui vous demande un travail incroyable ! Alors que la nature travaille naturellement pour le faire ! Pourquoi se fatiguer ?

En plus, elle fait ça depuis un peu plus longtemps que nous, quelques centaines de milliers d’année environ, peut être qu’au lieu d’en avoir peur, on pourrait lui faire confiance non ?

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